Alinda Dufey dans Vigousse (23.08.2013)

L’histoire très réussie d’un raté

Le nouveau roman de Michel Layaz dépeint la vie d’un triste sire en pleine crise existentielle. Un quadragénaire quelconque attend son tour à la caisse d’un supermarché. Un adolescent, qui n’a qu’un jus à payer, tente de remonter la file. Sympas, les clients cèdent l’un après l’autre leur tour. Mais pas ledit bonhomme, qui fait barrière de son corps. « Pauvre type », lâche mollement l’ado. Formulée sans agressivité ni dégoût, la remarque n’en remue pas moins le quidam au point de bouleverser sa routine. Pour exprimer le sentiment de malaise qui le tenaille, il s’enregistre sur son portable, dévoilant en vrac une vie morne, un caractère brusque, des tendances de vrai salopard, des rêves d’une infinie tristesse. Les premières pages du roman décrivent ainsi le quotidien d’un sombre abruti dont les seuls plaisirs consistent à humilier ses subalternes, suer sur un tapis de course et dévorer des tonnes de bouquins. Puis certaines confidences révèlent peu à peu une personnalité moins terne, moins désagréable. Il lui est arrivé d’avoir des envies, des projets. D’être moins con. Merveilleusement écrite, sournoisement perspicace, cette nouvelle œuvre du lausannois Michel Layaz trace sans détour des aspects peu reluisants de notre société. Et que l’on soit ou non un quadragénaire rance, le récit incite à se demander si l’on n’a pas soi-même quelques caractéristiques d’un « pauvre con »…