www.sandales-empedocle.fr (septembre 2013)

Coup de coeur : Michel Layaz, Le tapis de course

Michel Layaz a une aisance à modeler son sujet en une énergie, à donner corps à ses personnages par l’écriture, qu’il s’agisse de la liberté incarnée des « Deux soeurs », son précédent roman ou leur figure inversée dans ce dernier opus. Il y met en scène un personnage sans faille apparente, bibliothécaire tout en logique et rigueur irréprochables, ce genre de personnage dont l’officialité fait oeuvre de vie. Et cette frontière de l’apparence va voler en éclats bêtement, dans un supermarché, devant un jeune homme qui va lui adresser un « pauvre type » et va faire basculer notre bonhomme dans une introspection  aux lisières du fantastique. Cette évidence du jugement ayant percé l’opacité de la carapace ouvre le roman sur le journal intime jubilatoire d’un homme auquel on souhaiterait ne pas ressembler.
C’est tout l’art de Michel Layaz de faire se côtoyer la drôlerie et l’atrabilaire, une effrayante introspection et une réjouissante saloperie humaine. C’est à un petit plaisir honteux qu’on s’abandonne, on se réjouit et c’est horrible, on déteste le détestable tandis que pointent  les petits arrangements avec sa conscience. C’est un roman qui possède un sens moral dans ce qu’il montre d’une certaine part de l’humanité à laquelle on appartient mais une morale joyeuse qu’on pourrait résumer à : « A courir sur place on se retrouve en slip ». Le début d’une rédemption ?

source : www.sandales-empedocle.fr