Pierre-Yves Lador dans Le Passe-Muraille (mars 2011)

Nous lisons les romans de l’auteur depuis le premier et ce dixième livre marque encore une avancée littéraire : il nous acroche et nous entraîne dans une danse jubilatoire alors qu’il ne s’y passe rien. Il débute par l’internement du père et le départ de la mère chez son amant pour se terminer par la mort du premier. Dans l’intervalle, les deux filles, semi-jumelles, libérées ou nées libres vivent dans une grande maison entourée d’un jardin sauvage, sorte de paradis plutot que d’Eden sans autre loi que la créativité, l’inventivité, la fantaisie, l’art. Même la visite bimensuelle obligatoire de l’assistante sociale n’entame pas cette liberté, c’est la dame qui sera libérée par l’érotisme. De brèves scènes chez le juge, le psychiatre, le notaire, à l’école ou à l’usine permettent une satire discrète et efficace du monde ordinaire et mettent en relief la vraie vie du paradis qui d’ailleurs va rapidement mais modestement déborder dans la ville et subvertir codes sociaux et a priori. Au passage on égratigne un écrivain fat et imbu de lui-même, ne cherchons pas le modèle, il y en a trop. Ludique, musical, au vocabulaire rare, tout en volutes et arabesques, cavalcadant et fluide, satirique, ironique, d’un humour parfois noir, ce chant est enchanteur. On est au pays d’Alice et de la si désirée légèreté de l’être à laquelle j’aspire. Un livre irrécupérable par aucun partisan, joyau du type androdamas, pour citer l’auteur, pierre qui aurait pour vertu de calmer la colère des hommes. Qu’eût été l’Iliade sans la colère d’Achille, dira l’esprit chagrin ? Mais aujourd’hui loin de l’inutile colère, de la guerre, la beauté généreuse et cruelle éclaire, déride et réjouit le lecteur qui lâche la proie pour la joie.