Jean-Michel Olivier dans Scène Magazine (2003)

L’été sera chaud et – n’en doutons pas ! – propice aux bonnes lectures. Dans l’avalanche des livres parus cette année, voici une sélection de ceux qui nous paraissent tout simplement « indispensables » ! Comme chaque année, le Prix Dentan est allé aux Éditions Zoé pour Les Larmes de ma mère de Michel Layaz (y avait-il d’autres éditeurs en lice ?). Mais disons-le tout net : le livre de Michel Layaz vaut mieux que toutes les basses manœuvres qui entourent les Prix. C’est un roman plus personnel, et bien mieux maîtrisé, que les livres précédents de l’écrivain vaudois qui partage son temps entre Lausanne (où il enseigne) et Paris (où il écrit). Construit comme une mosaïque de souvenirs d’enfance, qui tous prennent naissance dans la matérialité des choses (une canne à pêche, des fléchettes, un couteau à viande), le roman de Layaz recompose, en les analysant, en les décortiquant, autant d’images fondatrices de ses premières années. À la manière de Michel Leiris (dans L’âge d’homme), l’écrivain reconstitue une mythologie première qui non seulement a marqué son enfance, mais détermine encore sa vie présente. Au centre de cette mythologie, la figure à la fois castratrice et aimante de la mère, ressuscitée ici par une écriture cruelle, précise, tendue, qui manque rarement sa cible. Par sa violence et sa musique secrète, le livre de Layaz libère des fantômes qui hanteront pour longtemps ses lecteurs.