Isabelle Rüf dans Le Temps (décembre 2006)

Larmes bienheureuses

La publication des Larmes de ma mère en janvier 2003 chez Zoé marque, pour Michel Layaz le début d’une véritable audience. Ce cinquième livre vaut à son auteur le Prix Michel Dentan puis le Prix des auditeurs de la Radio suisse romande. Un jury de lecteurs professionnels et un jury populaire. « J’aimerais avoir un public de 3000, disons 5000 lecteurs », confiait l’auteur à cette occasion. La parution en poche, sous une couverture fleurie, de ce beau récit d’initiation pourrait lui en procurer plus. D’autant qu’elle coïncide heureusement avec la sortie d’un nouveau roman, Il est bon que personne ne nous voie (Zoé, 2006).

Les Larmes de ma mère ont été versées à la naissance du narrateur : pleurs de joie ou d’angoisse ? Cette génitrice, vue à distance par le fils désormais adulte, garde tout son mystère. Cédant à la femme aimée qui exige des mots, il exorcise un passé qui revit à travers des objets tendres et dérisoires petites voitures, fleurs artificielles, fléchettes, escarpins verts qui renvoient à l’enfance. Et la photographie de l’accouchée avec son bébé, seule image où ce couple houleux est réuni. Déconcertante créature que cette mère enveloppante, soudain cruelle et castratrice, tragédienne à la voix dure ou séductrice. Plus libre, plus dépouillé dans sa construction que les précédents ouvrages, raffiné dans le jeu des voix, ce roman inaugure une veine ludique qui s’épanouira dans La Joyeuse Complainte de l’idiot (Zoé, 2004). Roman de libération, douloureuse et drôle aussi, Les Larmes de ma mère est une confession à la fois romantique et moderne.