Isabelle Falconnier dans L’Hebdo, août 2006

Les sept merveilles de la rentrée

Le monde de l’adolescence est un monde infini quand on est plongé le nez dedans, un monde tout petit quand on s’en éloigne à tire-d’aile, et puis l’âge venant, lorsqu’on finit par le rejoindre, il tend à ressembler au paradis. Perdu, bien entendu. Après lequel on ne cesse finalement de courir. Michel Layaz fait remonter pour nous les Raton, Charlotte, Walter, père et mère de la jeunesse de son narrateur qui grandit dans une ville familière, faite de collines au bord d’un grand lac bleu. Avec douceur, tendresse, respect, il laisse venir à lui les images de la fille qui lui brûlait le sang, Charlotte la belle insoumise, qui cherche les animaux morts pour leur enlever les yeux et fait jurer au narrateur son amour éternel, la découverte du travail dans la boucherie du quartier pour pouvoir s’acheter son premier appareil photo, les souvenirs amusés de Raton, l’éternel complice, qui joue au foot comme un dieu mais confond les mots, les prend pour des ennemis de l’action et de la vie. Les mots sont là pour apaiser l’adolescent de tout ce qui lui manque encore, les rires pour voiler les doutes sur la vie à venir, pour profiter de ce « temps de l’aubaine ». Puis le père tombe malade, le visage de la mère s’effondre lentement, soir après soir. Le fils grandit trop vite, trop sage, le temps de l’innocence prend un goût amer et de cendres. Dans la continuité de l’excellent Les Larmes de ma mère, prix des auditeurs 2004 qui paraît en Points Seuil dans la foulée, le Lausannois Michel Layaz, 43 ans, confirme qu’il a trouvé une voix intimiste et belle, précise concrète, subtile, à l’écoute de ses émotions d’antan, sans vernis explicatif superflu. Du grand art.