Eric Buillard dans La Gruyère, octobre 2006

Ce qui frappe d’abord, c’est ce ton, cette fausse légèreté, pour dire le charme d’une adolescence pleine de mystères et de découvertes. Et cette langue limpide, dont Michel Layaz use avec grâce, depuis qu’il a quelque peu épuré son style. Avec Il est bon que personne ne nous voie, l’écrivain vaudois confirme la place de plus en plus essentielle qu’il tient dans la littérature de Suisse romande._Comme dans Les larmes de ma mère et La joyeuse complainte de l’idiot notamment, la jeunesse est au cœur de ce septième roman. Même si la deuxième partie aborde d’autres problèmes, celui de la vieillesse, de la mort qui approche et qu’il faut bien apprivoiser._Du haut de ses quinze ans, le narrateur observe la vie de son quartier, de son immeuble. Il aimerait même la photographier : pour s’acheter un appareil photo, le jeune homme travaille dans une boucherie, après l’école. Il y fait la connaissance de Walter, qui lui présente sa tante Giulietta et distribue des perles de sagesse. L’univers de l’adolescent, c’est aussi Raton, brave garçon qui connaît quelques problèmes avec la langue française, et dont les lapsus deviennent fulgurances poétiques. Il croit par exemple que le « poteau rose » va être dévoilé et craint la « bombe anatomique »… Et puis, il y a l’envoûtante Charlotte, avec qui le narrateur expérimente d’étranges rituels._Ces brefs épisodes de jeunesse prennent un tour différent dans la deuxième partie. Où l’on découvre qu’ils sont racontés par le garçon devenu vieillard, qui vit un dernier amour avec une infirmière surnommée Lucie-Lucifer._Avec cette structure en deux parties, Michel Layaz relie de façon troublante jeunesse et vieillesse, premier et dernier amour, innocence et approche de la mort. Son récit d’adolescence n’en prend que plus de force. Il baigne dans une lumière floue et irréelle. Celle des contes ou des souvenirs polis par le temps.