Jacques sterchi dans La Liberté, septembre 2006

« Ceux qui savent mourir ne périssent jamais »

Michel Layaz réussit le mélange entre éducation sentimentale et Thanatos.

Huitième ouvrage de Michel Layaz, Il est bon que personne ne nous voie est le roman d’une structure ambitieuse et maîtrisée. Le récit fragmenté d’une adolescence… qui s’avère être dicté par un vieil homme qui voit venir la mort. Ce mélange aurait pu tomber dans le piège du formalisme et du pur artifice. Il n’en est rien. C’est une véritable réflexion sur le cours de la vie qu’échafaude Michel Layaz. Celle d’un garçon de quinze ans, qui travaille dans une boucherie après l’école. Là il rencontre Walter, maître boucher mais surtout de sagesse. Et puis il y a Raton, le copain, Charlotte, l’étrange Eurasienne qui l’initie aux choses de l’amour et aux mystères du cosmos. De la mort, il va en être beaucoup question. Celle du père, long glissement hors de l’enfance pour le narrateur. Mort des animaux au bord de la route, dont Charlotte récupère les queues pour s’en faire une ample cape qui protège « des périls apportés par une trop grande tristesse ».

Mais « ceux qui savent mourir ne périssent jamais », affirme le sage Walter. Encore faut-il pour cela avoir su vivre, semble indiquer ce roman. Grandir dans une justesse d’émotion, de sentiments, de rapports aux choses. Suivre les initiations, prendre conscience de la mort latente, celle des animaux et celle des humains. Et pour ce faire, les mots ont une haute importance. Dès les premières pages, Michel Layaz insiste. Des mots pour apaiser, pour comprendre plutôt que pour babiller ou nier le silence. Mais des mots qui ne « disent » pas tout, à l’instar peut-être de ces fragments qui composent le récit, chacun d’entre eux commençant par trois petits points de suspension issus d’un silence. Un livre délicat et ensorcelant, d’une gravité toute… légère.