Martine Laval dans Télérama, octobre 2006

Le narrateur a 15 ans, la tendresse au bout des lèvres et la clairvoyance de l’innocence. Il dit de sa mère : « Je ne veux pas qu’elle perde le courage de vieillir. » Le père est malade ; la maison, toute triste. Mais dehors, il y a la vie. L’école, le copain Raton, tortureur de mots au grand cœur, le boulot avec Walter, un garçon boucher philosophe, et puis Charlotte, l’étrange, celle qui triture les animaux morts et lance des vœux aux étoiles, l’âme sœur, celle qui lui apprend les délices du corps et à « respirer le noir ». Il est bon que personne ne nous voie est une envolée au pays de l’enfance sans une once de nostalgie, mais pleine de délicatesse, de rage et de drôlerie. Construit en courts chapitres qui commencent tous par des points de suspension, le récit avance d’image en image, de découvertes amicales en fractures douloureuses, toutes écrites avec la puissance de la légèreté. Le narrateur va vers son destin. Puis, surprise… Michel Layaz renverse le décor. Le narrateur n’a plus 15 ans. C’est un vieillard déchu, dans un asile. Même tendresse dans la voix, mais une ironie salvatrice en prime : « Je me sens vieux et fatigué, c’est normal, je suis vieux et fatigué. » Il dit ne plus rêver de personne, il dit se sentir prêt. Il a désormais l’âge de l’infini. L’infini, c’est aussi ce récit, ténu, magique.