Pascale Stehlin dans Coopération, (juin 2004)

Dans La Joyeuse complainte de l’idiot, Michel Layaz nous emmène au coeur de La Demeure, un pensionnat accueillant des jeunes gens à l’intelligence décalée. Malgré leurs problèmes, ces garçons sont faits « de bonne pâte qui ne demande qu’à être pétrie ». Porté par une écriture libre et fantaisiste, ce récit est empreint de fausse naïveté. L’écrivain dépeint une galerie de personnages atypiques et cocasses, auxquels vous risquez bien de vous attacher.

On est souvent curieux de découvrir l’antre dans lequel se tapit l’écrivain. Est-ce dans cet appartement spacieux, situé au coeur de Lausanne, que Michel Layaz puise toute sa verve et son inventivité ? En tout cas son intérieur respire le calme. Des oeuvres contemporaines de Jean Otth ou de l’Allemand Thomas Ruff ornent les murs. Ces travaux artistiques, que Michel Layaz qualifie de fantomatiques, l’inspirent pour l’écriture. A 41 ans, Michel Layaz (Prix Rod en 1998) est considéré en Suisse comme un des écrivains les plus importants de sa génération. Ce Fribourgeois d’origine vient de sortir son sixième roman La Joyeuse complainte de l’idiot. Et joyeux ce récit l’est assurément, ce qui contraste avec son précédent ouvrage Les Larmes de ma mère, qui s’est vu attribuer le Prix des auditeurs de la Radio suisse romande lors du Salon du livre ainsi que le Prix Dentan. Avec La joyeuse complainte de l’idiot, Michel Layaz a voulu offrir un récit plus léger. « Je voulais montrer une facette de moi un peu plus gaie. Paradoxalement, c’était très difficile car je devais être dans une humeur particulière pour trouver le ton adéquat, et cette humeur n’était pas toujours au rendez-vous. » Pour Michel Layaz, nous sommes tous des êtres morcelés, et l’acte d’écriture permet de révéler les différentes parts qui nous habitent. « Chaque fois que j’écris, je découvre quelque chose que j’ignore sur moi. »Michel Layaz manie les mots avec respect à la façon d’un joaillier ébloui par la pierre brute qu’il s’apprête à travailler. Pour ce professeur de français, l’acte d’écriture est une offrande faite à la langue. « J’entretiens une relation qui est de l’ordre amoureux avec le langage. » Cette importance accordée aux mots se retrouve dans la nouvelle Le nom des pères. L’auteur y décrit un professeur que les mots ont rendu fou. Extrait : « J’ai quitté l’auditoire en bousculant sur mon passage des milliers de mots qui essayaient de me retenir, qui dressaient des barricades (…) je me protégeais le visage, je boxais comme un forcené (…) mais je n’étais pas en mesure de lutter. »Ces mots, Michel Layaz les cueille entre Paris et Lausanne, deux villes entre lesquelles son coeur balance. « Paris reste la capitale du livre, et je veux y être présent. » Mais il se tourne aussi vers la Suisse alémanique. Certains de ses livres vont être traduits en allemand, ce qui le réjouit. « J’appartiens à ce pays, à tout ce pays, et ça m’ennuierait de ne me sentir que Suisse romand. » Michel Layaz n’a pas pour objectif de sortir un best-seller tous les deux ans. Mais il ne se voile pas la face : il écrit lui aussi pour se faire aimer, « mais de loin » s’empresse- t-il d’ajouter.