Jacques Sterchi dans La Liberté (17/04/2004)

Quand Michel Layaz joue au demeuré

Récit : c’est un idiot qui vous parle. Mais attention aux faux-semblants…

La Demeure, c’est un internat pour les demeurés. Logique. Des garçons « dont l’intelligence décalée n’a pu s’accomoder du monde environnant ». L’un de ces pensionnaires réputés idiots vous parle. Sous la plume de Michel Layaz, qui signe avec La Joyeuse complainte de l’idiot son sixième ouvrage, après Les Larmes de ma mère qui a connu un réel succès.

Le récit se structure en une suite de portraits. Galerie cocasse, depuis Madame Vivianne « avec deux n », la directrice générale de La Demeure, jusqu’au concierge dépressif, en passant par le Professeur foldingue et le jardinier bouchoyant à l’occasion. Autant d’adultes qui apparaissent bien vte comme plus fous, plus dérangés que les pensionnaires dont ils ont la garde.

Il faut dire que l’écriture même de Michel Layaz rend bien cette folie douce. A jouer au demeuré, l’écrivain se prend au jeu des faux-semblants. Terriblement efficace, sa prose fait d’abord sourire, puis s’impose comme un message humaniste. De fait, cet adolescent qui explique son quotidien dans cette pension plutôt paradisiaque puisque préservée du monde extérieur, c’est un peu l’innocence qu’il y aurait en chacun de nous. L’extérieur ? Un monde de chiffres, d’autistes pendus à des téléphones portables. La Demeure ? Un grand parc, de grandes chambres, et à part quelques perturbations dues aux fantasmes de quelque pensionnaire dérangé, un espace de liberté et de relatif bonheur.

Message humaniste parce que pour Michel Layaz, « il y a en nous des splendeurs qu’il faut peut-être aller chercher, des splendeurs enfouies sous des couches de désarroi, de tourments, de méchancetés, de désespoir, d’obstination, d’errances, de mauvaises routes, de mauvais choix, autant de dérives qui ne sauraient effacer la bonne pâte qui existe derrière tout cela et qui ne demande qu’à être pétrie ». A lire donc un peu ailleurs, dans la douce folie qui nous tient éloignés du monde… fou.