Jean-Michel Olivier dans Scène Magazine (juin 2004)

Un livre singulier

Michel Layaz est un écrivain heureux : son beau roman, Les Larmes de ma mère, récompensé du Prix Dentan 2003, vient de se voir attribuer le Prix des Auditeurs de la Première. Cela tombe d’autant mieux que ce jeune auteur lausannois publie, ce printemps, un texte aussi séduisant qu’inclassable. La Joyeuse complainte de l’idiot oscille sans cesse entre chronique, récit et délire romanesque. ON pense d’abord à Robert Walser et à son Institut Benjamina, mais la comparaison est trompeuse. Car Layaz nous livre ici une plongée assez extraordinaire dans l’univers reclus d’une poignée d’adolescents « décalés », marginaux, mais superbes de singularité, vivant sous la houlette d’une impérieuse directrice, Madame Vivianne. La maison s’appelle ici La Demeure et résonne, à toute heure du jour et de la nuit, de cris et de chuchotements, de rires et de larmes, de désirs et de stupeurs que Layaz, très en verve, passe au crible de son style. Construit en 24 chapitres, qui sont comme les heures d’une journée (ou d’une longue visite), La Joyeuse complainte de l’idiot confirme le talent singulier de Layaz, son goût pour les dérapages verbaux, la cocasserie, les personnages hauts en couleur. Et son sens de la fable, qui joue tantôt dans le registre de la plainte et tantôt dans celui de la joie, du jeu et de la jouissance, fait ici des merveilles.